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#2 - Noël

3 oct.
4 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 2 jours

Il y a des blessures qui cherchent moins à guérir qu’à être reconnues.


Cette brève n’enseigne rien.

Elle écoute.


Bref,

un de mes visiteurs voit les préparatifs familiaux pour Noël partir en vrille depuis d’innombrables années.

Travailler sur lui-même, discuter de cette problématique, prendre son mal en patience, avoir déjà la sagesse d’un quinquagénaire, être père de famille : tout cela n’y change rien.

Chaque année, ça explose.

On est pris par des vecteurs invisibles, les mots dépassent la pensée, et de part et d’autre on s’en veut, on souffre.


Nous cherchons.

Nous revenons sur ce qui a déjà été décodé au cabinet, reprenons certains détails, puis, peu à peu, quelque chose se précise.

Mon visiteur se rappelle qu’il n’a pas vraiment été voulu par son père.

Sa mère aurait un peu forcé le destin, lui a-t-on toujours raconté.

Ce fait était clair à son esprit.

Ce qui ne l’était pas encore, c’était le vécu du père, lequel aurait préféré, à l’époque, avorter — cette naissance lui semblant trop précoce s’il voulait encore préserver sa relation de couple.


Une situation, finalement, assez courante.


Mais il semble en être restée une trace.

Une trace de non-consentement, d’obligation, de déception, de regret, peut-être de trahison.

Suffisamment ténue pour passer inaperçue, mais assez puissante pour que l’enfant en porte la trace jusque dans son rapport incarné à la vie.


Cinquante ans plus tard, juste là, dans le cabinet, celle-ci se donne à entendre comme une plainte sourde :celle de deux parents pris dans un déséquilibre confus, exprimé dans un relationnel devenu difficile.


Nous touchons ici à ce que l’on nomme, en transgénérationnel, le projet-sens4 : cette lecture systémique périnatale de notre arrivée sur Terre.

J’indique alors mon souhait de m’arrêter sur une sensation précise : celle qu’un père ait pu se sentir dépossédé d’une part de son consentement.

Mon visiteur accueille immédiatement cette impression, tant elle entre en résonance avec ses souvenirs d’enfance, qui foisonnent.

Je précise que la mère a sans doute été impactée par cette même dynamique, et qu’un autre espace de travail serait nécessaire pour cela. Il s’agit ici d’un point de vue parmi d’autres.


Cette relativité est constitutive du transgénérationnel4bis : chacun transmet ce qu’il peut, depuis sa place, sans que l’ensemble du clan ne s’y reconnaisse toujours — trop occupé à transmettre ce pour quoi il est venu s’incarner.


Je goûte les placements de la constellation. 


Quelque chose se tend dans la poitrine.

Ce n’est pas une pensée.

C’est ancien.

Le père apparaît coupé d’une part de son choix d’être là.

La mère, elle, demeure ancrée dans un choix assumé : celui d’avoir donné la vie.

Et c’est, parallèlement, cela qu’il importe avant tout de retenir, puisqu’ils s’aimaient.


Mon visiteur, pris dans ce champ familial invisible mais actif, porte une part de la blessure paternelle par la filiation au genre, emportant malgré lui une sensation de trahison directement liée à sa propre venue sur Terre.

Il n’est alors guère surprenant qu’il trébuche précisément à Noël, jour symbolique de la naissance.

Sous cet angle, un père a perdu la liberté de consentir pleinement à la vie qu’il transmettait.

Ce choc s’inscrit chez le fils.


La mère est perçue comme celle ayant provoqué une chute chez le père et, par prolongement symbolique, chez le fils — thème profondément racinaire.

Il n’est pas question de bien ou de mal.

Il est question d’une blessure humaine, nourrie par une histoire de consentement, de don de vie et de célébration.


Noël rappelle l’idéal d’une naissance issue d’un accord mutuel, d’un engagement partagé, d’un acte co-créatif, consenti et assumé.…la trace non consciente se réactive alors, année après année, rappelant la brisure initiale :non-consentement, unilatéralité, avortement.

D’autres lectures existent.

Elles ne changent pourtant rien à cet espace intime en souffrance.


À présent il est temps de rendre ce qui ne lui appartient pas. C’est pour cela que nous mettons les systèmes en lumière.

Circonscrire le sujet douloureux, en reconnaître la provenance, demander certaines autorisations, restituer ce qui peut l’être, s’incliner si possible, puis se tourner à nouveau vers la vie.


Dans le cabinet, mon visiteur s’incline avec moi.

Une libération se met en mouvement.

La respiration s’ouvre.

Nous respirons, tout d’un coup, beaucoup mieux.

L’instant devient sacré.


Un nouvel éclairage apparaît alors.

Le sauvetage de l’enfant par la mère, pour qu’il vive, a créé une déloyauté au genre paternel, l’obligeant, malgré lui, à un rééquilibrage.

Les anciennes issues qu’il avait, à sa manière, ouvertes dans sa vie se dessinent nettement sur un plan strictement symbolique :punir la mère en faisant payer, d’une manière ou d’une autre, d’autres femmes.


Parallèlement, se saboter, s’avorter, se tuer – symboliquement – par loyauté au père.


Nous comprenons, au cœur du système, à quel point le triangle dramatique initial maintenait la blessure active.

Ce processus est ancestral.

La célébration de Noël appelle pourtant le pardon, le recueillement, l’acceptation, ouvrant une autre voie : celle de l’amour.


Voici l’histoire d’un enfant portant « la blessure des ancêtres par le biais de ses parents », voyant sa vie se fragmenter en petits avortements successifs, nourrie par une révolte tournée vers ses origines.

Vrai, faux, démontrable ?

Est-ce la question.

Ce visiteur a tenu pour vrai ce récit intérieur, au point que sa vie entière en fut bouleversée sur plusieurs plans.


C’est cela qui est accueilli, dans le sacré de l’instant.

C’est cette maïeutique5, canalisée, qui permet l’accouchement d’une nouvelle appropriation de son rapport au monde.


Forts d’un rituel adéquat, nous ouvrons un nouveau regard sur le système et observons que, déjà plus haut, toute une série d’indications faisaient référence à l’idée de Noël.

Comme si, depuis des générations, l’arbre tout entier s’était passé le mot pour dire que ce sujet demandait à être regardé.


Noël évoque la naissance et célèbre avant tout l’amour.

Le pardon en est une clef royale.

En transgénérationnel, on considère que certains événements reviennent se manifester à des dates particulièrement précises.

Peut-être celles-ci le font-elles, non pour nous punir mais pour être enfin regardées.

 


Rodolphe Cogels van Reynegom

Le Cabinet de la Mue


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