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Ce lieu d'écriture rassemble des textes personnels ainsi que des créations issues d'un dialogue collaboratif.
Tous portent mon regard et ma signature.
Les Brèves de Mue naissent de ma pratique au cabinet.
Les Histoires Systémiques expliquent, par la fiction et l'allégorie, les liens qui nous traversent.
Les Histoires de la nuit ouvrent un espace poétique, parfois absurde.
Les Aphorismes déposent une pensée en quelques mots.


#12 - La porte de service
Dans la série Netflix que regardait Eleni, les gens quittaient leur famille avec une valise et une musique appropriée.
Elle avait essayé un jeudi.
Son oncle lui avait demandé de descendre les poubelles puisqu’elle sortait.
Le restaurant appartenait à la famille depuis trente-deux ans. Sur la façade, des lettres bleues promettaient CHEZ NOUS, VOUS ÊTES CHEZ VOUS.
Eleni servait six soirs par semaine. Son père, Nikos, cuisinait.


#11 - La place froide
À trois heures du matin, Élise posa sa cuisse fraîche contre celle de Simon.
Il se déplaça de six centimètres.
Elle les mesura sans règle.
— Tu recules.
— Tu es froide.
— Je viens de traverser le couloir.
— Il faudrait prévenir avant de revenir avec le couloir.
Elle retira sa jambe.


#10 - La pétale unique
Au camping, Marianne avait réservé deux soins qu’elle choyait depuis février : un massage du dos le mardi, un soin du visage le jeudi.
Elle connaissait leurs horaires mieux que les anniversaires de certains cousins.
— Tu vas revenir toute neuve, disait Thierry.— Je voudrais surtout revenir reposée.— C’est pareil.— Pour une batterie, peut-être.
Ils occupaient un mobil-home avec leurs deux enfants, la mère de Thierry et une porte de salle de bains qui ne fermait qu’à conditi


#9 - La culotte
La culotte apparut sur l’épaule du fiancé au moment où la mère de Mireille expliquait que, dans leur famille, certaines choses ne se faisaient pas.
Elle était mauve, bordée de dentelle et encore attachée à une pince à linge.
Thomas ne bougea plus.
— Ça, par exemple ? demanda-t-il.
Dans la cour, quelqu’un éclata de rire.
Une tante leva les yeux vers le balcon.
— Mireille ! Ton linge prend position !
Ils étaient venus à Kinshasa annoncer leur mariage


#8 - La chaise
Il était une fois une famille de cinq personnes.
Un père, une mère, deux garçons et une fille.
Ils vivaient dans une maison qui avait la particularité de contenir beaucoup trop de chaises.
Il y en avait dans la cuisine.
Dans le salon.
Dans les chambres.
Une dans le couloir, dont personne ne savait ce qu'elle faisait là.
Et même une dans la salle de bain.
— Pourquoi il y a une chaise dans la salle de bain ? demanda un jour la fille.


#7 - La démission
La beauté avait démissionné.
Spontanément.
Elle avait posé une enveloppe sur la table du repas familial :
Je ne souhaite plus être responsable de ce qui plaît.
Puis elle était partie.
— On fait quoi ? demanda Gabriel.
— On mange, répondit sa sœur.
Ils étaient huit autour de la table.
Gabriel avait une particularité : aucune phrase ne pouvait sortir de sa bouche sans fioriture.
Il ne disait pas :
— Il pleut.
Mais :
— Le ciel s’abandonne en perles mélancoliques sur


#6 - La chambre du fond
Chez les Vranck, le dimanche, on mettait cinq assiettes.
Trois pour les hommes, une pour Lucienne et une pour le curé, qui arrivait après la messe avec son journal sous le bras.
André s’asseyait près du poêle. Son fils Joël prenait la place d’où l’on voyait la télévision. Mathieu, le petit-fils, déplaçait sa chaise selon la lumière.
Lucienne servait.
Dans le village, on les appelait la famille du siècle oublié. Le garage n’avait plus de pompe en service, mais on vendait e


#5 - Ce qui tient
Après la mort de leur père, les trois enfants Morel se réunirent chaque dimanche dans sa maison.
Ils n’en avaient pas décidé ainsi. Le premier dimanche, il restait des plats du repas funéraire. Le deuxième, leur mère avait acheté trop de viande. Le troisième, personne n’avait osé lui dire qu’il avait prévu autre chose.


#4 - La voilure ultime
Le nouvel ordinateur arriva dans une boîte sur laquelle était écrit :
Dépassez vos limites.
L’ancien demanda qu’on lui montre lesquelles.
— C’est une formule, dit le nouveau.
— J’en ai aussi. Elles fonctionnent encore.
On les installa côte à côte pour transférer les fichiers.
L’ancien était épais, gris, légèrement tiède. Il conservait des photographies, des factures et trois versions d’une lettre que personne n’avait envoyée.


#3 - La tante par alliance du Saint-Esprit
Tante Hélène avait mis la maison en vente un mardi.
Le mercredi, sa nièce lui téléphona.
— Mais notre fête de mariage ? On devait la faire dans ton jardin en septembre.— Je sais, dit Hélène.— Si tu vends, on fait comment ?— On peut demander aux acheteurs. Mais quatre-vingts personnes dans le jardin, ça risque de les surprendre.— Surtout si on ne les invite pas.— On leur gardera une part de tarte.
Depuis six mois,


#2 - L'île flottante
La première fois que Nora demanda à consulter son dossier, l’assistante sociale lui proposa un café.
— Je préfère une île flottante, dit Nora.
— Nous n’en avons pas.
— Alors un café.
Nora avait vingt-six ans. Elle était venue avec une liste de questions pliée dans la poche de son manteau. La première concernait son départ de chez sa mère, à neuf ans. Sa mère disait qu’une assistante sociale l’avait trahie pour une phrase prononcée sous le coup de la colère.


#1 - La sonatine équivoque
Le lundi où les voitures disparurent de la rue, Madeleine crut d’abord qu’il était arrivé quelque chose.
Elle ouvrit sa fenêtre. Les arbres étaient là, la boulangerie aussi. Il manquait seulement le bruit des moteurs, celui qui montait depuis trente ans jusque dans sa chambre et qu’elle n’entendait plus qu’en son absence.
En bas, un ouvrier posait une barrière.
— Elles sont où, les voitures ?
— Dans les autres rues, madame.
— Toutes ?
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