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Ce lieu d'écriture rassemble des textes personnels ainsi que des créations issues d'un dialogue collaboratif.
Tous portent mon regard et ma signature.
Les Brèves de Mue naissent de ma pratique au cabinet.
Les Histoires Systémiques expliquent, par la fiction et l'allégorie, les liens qui nous traversent.
Les Histoires de la nuit ouvrent un espace poétique, parfois absurde.
Les Aphorismes déposent une pensée en quelques mots.


#12 - La lune, le renard, l'escargot et la dame qui rentrait trop tard
La lune, le renard, l'escargot et la dame qui rentrait trop tard
Il était une fois une dame qui rentrait toujours trop tard.
Trop tard pour dîner correctement.
Trop tard pour appeler sa sœur.
Trop tard pour arroser ses plantes.
Et presque toujours trop tard pour voir la lune se lever.
Un soir pourtant, sa voiture tomba en panne.
Au milieu de nulle part.
— Évidemment.
Elle sortit.
Il n'y avait rien.


#11 - La lune et le soleil
La lune se prenait pour le soleil
Le gant de toilette était mouillé.
Très mouillé.
Il avait été abandonné sur le rebord de la baignoire et cela le mettait de mauvaise humeur.
— Tu as de la chance, dit-il à la vitre.
La vitre ne répondit pas.
— Toi, au moins, on t’essuie.
Rien.
— Moi, on me mouille et ensuite on me reproche d’être mouillé.
La vitre finit par dire :
— Je suis couverte de buée.
— Ce n’est pas pareil.
— Pourquoi ?


#10 - La limace et la marguerite qui voulaient voir la mer
Il était une fois une limace qui voulait voir la mer.
Elle n'avait aucune raison particulière.
Elle avait simplement entendu une mésange dire :
— C'est immense.
La limace avait demandé :
— Immense comment ?
— Jusqu'au bout.
Cette réponse l'avait beaucoup préoccupée.
Le problème était que la mer se trouvait à quatre kilomètres.
Pour une mésange, ce n'était rien.
Pour une limace, c'était un projet de vie.


#9 - La lampe qui n’avait plus d’abat-jour
La lampe n'avait plus d'abat-jour.
Il lui restait un socle en bakélite brune, un fil électrique réparé à trois endroits et une ampoule beaucoup trop grosse pour elle.
Elle se trouvait sur une petite table, près du lit d'Émile et Jeanne.
Émile avait quatre-vingt-douze ans.
Jeanne quatre-vingt-dix.
Ils avaient vécu ensemble soixante-neuf ans, ce qui leur avait donné le temps de s'aimer, de ne plus se supporter, de s'aimer à nouveau, de s'ennuyer énormément cert


#8 - La grand-mère
La grand-mère montait lentement.
Très lentement.
Dieu, qui descendait justement par là, finit par s'arrêter.
— Vous allez où ?
— Là-haut.
— Pourquoi ?
— Il y a une fleur.
Dieu regarda la montagne.
— Il y a des fleurs ici aussi.
— Pas celle-là.
Elle continua.
Dieu marcha à côté d'elle.
Au bout de dix minutes, il demanda :
— Elle a quoi de particulier ?
— Rien.
— Elle est rare ?
— Non.
— Médicinale ?
— Non.
— Très belle ?


#7 - La goutte
La goutte refusait son avenir
L’œsophage du kangourou faisait un bruit étrange.
Gloup.
Le kangourou s’arrêta.
Gloup.
Il regarda autour de lui.
Personne.
Gloup.
— C’est nouveau, ça.
Il avala.
Plus rien.
Puis :
Gloup. À quelques centaines de mètres de là, au pied d’une montagne, un homme vivait dans un tipi.
Il s’appelait Joseph.
Le tipi, lui, n’avait pas de nom.
Joseph avait quitté sa communauté plusieurs années auparavant pour venir s’installer près de cette mo


#6 - La faute d'orthographe
Le fromage corse sentait très fort.
Pas mauvais.
Fort.
Il occupait la cuisine avec l’assurance de quelqu’un qui n’avait jamais demandé la permission d’entrer.
— Tu pourrais le mettre dehors, dit Lucie.
— Il est déjà dans une boîte.
— La boîte ne croit pas à sa mission.
Paul ouvrit le réfrigérateur.
Le referma.
— C’est pire dedans.
Ils décidèrent de laisser le fromage sur la table.
À cet instant, l’or chanta.
Tchip.


#5 - La dame qui prêtait son parapluie
Il était une fois une dame qui, chaque fois qu'il pleuvait, ouvrait un parapluie au-dessus d'un arbre.
L'arbre était un petit bouleau planté devant chez elle.
Le parapluie était jaune.
Et la dame s'appelait Madeleine.
Le premier à remarquer la chose fut le facteur.
— Madame Madeleine ?
— Oui ?
— Vous avez oublié votre parapluie.
— Non.
— Il est dehors.
— Je sais.
— Il pleut dessus.
— C'est le principe.
Le facteur regarda le parapluie.
Puis le bouleau.
— Il est


#4 - La dame au poireau
Il était une fois une vieille dame qui, tous les jeudis, achetait un poireau.
Un seul.
Jamais deux.
Elle arrivait chez le marchand vers dix heures et demie, regardait longuement les légumes et choisissait son poireau avec beaucoup de sérieux.
— Celui-là.
Le marchand le pesait.
— Un euro vingt.
Elle payait.
Puis elle rentrait chez elle.
Personne ne savait ce qu'elle faisait de tous ces poireaux.


#3 - La chèvre qui tombait le jeudi
La chèvre tombait tous les jeudis.
Vers onze heures vingt.
Pas exactement.
Une chèvre n’a pas de montre.
Mais lorsque la cloche du collège sonnait la fin de la troisième heure, elle levait la tête, regardait les élèves sortir dans la cour et basculait sur le côté.
Pouf.
— Elle est morte ! avait crié un élève la première fois.
Non.
La chèvre se relevait.
Broutait.
Puis continuait sa journée.
Le jeudi suivant :
Pouf.
Au bout de quelques mois, plus personne ne s’inq


#2 - Dieu, sa femme et le Paradis
Dieu rentra tard.
Sa femme était dans le jardin.
— T’étais où ?
— Sur Terre.
— Encore ?
Dieu posa ses sandales.
— J’avais deux-trois trucs à régler.
— Ça fait six mille ans que tu as deux-trois trucs à régler.
Dieu ne répondit pas.
Il savait reconnaître les moments où l’éternité pouvait devenir très longue.
Sa femme arrosait un pommier.
— Tu fais quoi ?
— J’arrose.
— Ici ?
— Oui.
— Mais on est au Paradis.
Elle posa l’arrosoir.
— Et ?


#1 - La pomme de terre de Barabbas
Barabbas cultivait des pommes de terre au Moyen Âge.
C’était impossible.
Un historien le lui fit remarquer.
— La pomme de terre n’arrive en Europe qu’au XVIe siècle.
Barabbas regarda son champ.
— Et ça ?
— C’est embêtant.
— Pour qui ?
L’historien réfléchit.
— Pour moi, surtout.
Puis il disparut.
Les historiens apparaissaient rarement au Moyen Âge. Celui-ci avait probablement fait une erreur de siècle.
Barabbas reprit sa bêche.
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