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Ce lieu d'écriture rassemble des textes personnels ainsi que des créations issues d'un dialogue collaboratif.
Tous portent mon regard et ma signature.
Les Brèves de Mue naissent de ma pratique au cabinet.
Les Histoires Systémiques expliquent, par la fiction et l'allégorie, les liens qui nous traversent.
Les Histoires de la nuit ouvrent un espace poétique, parfois absurde.
Les Aphorismes déposent une pensée en quelques mots.


#6 - Résonances
Certaines idées absurdes ont la sagesse de nous conduire là où la raison ne nous aurait jamais emmenés.


#5 - La dame qui prêtait son parapluie
Il était une fois une dame qui, chaque fois qu'il pleuvait, ouvrait un parapluie au-dessus d'un arbre.
L'arbre était un petit bouleau planté devant chez elle.
Le parapluie était jaune.
Et la dame s'appelait Madeleine.
Le premier à remarquer la chose fut le facteur.
— Madame Madeleine ?
— Oui ?
— Vous avez oublié votre parapluie.
— Non.
— Il est dehors.
— Je sais.
— Il pleut dessus.
— C'est le principe.
Le facteur regarda le parapluie.
Puis le bouleau.
— Il est


#5 - Ce qui tient
Après la mort de leur père, les trois enfants Morel se réunirent chaque dimanche dans sa maison.
Ils n’en avaient pas décidé ainsi. Le premier dimanche, il restait des plats du repas funéraire. Le deuxième, leur mère avait acheté trop de viande. Le troisième, personne n’avait osé lui dire qu’il avait prévu autre chose.


#2 - Noël
Il y a des blessures qui cherchent moins à guérir qu’à être reconnues.
Cette brève n’enseigne rien.
Elle écoute.
Bref,
un de mes visiteurs voit les préparatifs familiaux pour Noël partir en vrille depuis d’innombrables années.
Travailler sur lui-même, discuter de cette problématique, prendre son mal en patience, avoir déjà la sagesse d’un quinquagénaire, être père de famille : tout cela n’y change rien.


#5 - Apparence
Une sensation peut appartenir à nos souvenirs sans nous appartenir.


#4 - La dame au poireau
Il était une fois une vieille dame qui, tous les jeudis, achetait un poireau.
Un seul.
Jamais deux.
Elle arrivait chez le marchand vers dix heures et demie, regardait longuement les légumes et choisissait son poireau avec beaucoup de sérieux.
— Celui-là.
Le marchand le pesait.
— Un euro vingt.
Elle payait.
Puis elle rentrait chez elle.
Personne ne savait ce qu'elle faisait de tous ces poireaux.


#4 - La voilure ultime
Le nouvel ordinateur arriva dans une boîte sur laquelle était écrit :
Dépassez vos limites.
L’ancien demanda qu’on lui montre lesquelles.
— C’est une formule, dit le nouveau.
— J’en ai aussi. Elles fonctionnent encore.
On les installa côte à côte pour transférer les fichiers.
L’ancien était épais, gris, légèrement tiède. Il conservait des photographies, des factures et trois versions d’une lettre que personne n’avait envoyée.


#4 - Déplanification
Reconnaître l’autre commence parfois lorsque son avenir cesse de faire partie de nos plans.


#3 - La chèvre qui tombait le jeudi
La chèvre tombait tous les jeudis.
Vers onze heures vingt.
Pas exactement.
Une chèvre n’a pas de montre.
Mais lorsque la cloche du collège sonnait la fin de la troisième heure, elle levait la tête, regardait les élèves sortir dans la cour et basculait sur le côté.
Pouf.
— Elle est morte ! avait crié un élève la première fois.
Non.
La chèvre se relevait.
Broutait.
Puis continuait sa journée.
Le jeudi suivant :
Pouf.
Au bout de quelques mois, plus personne ne s’inq


#3 - La tante par alliance du Saint-Esprit
Tante Hélène avait mis la maison en vente un mardi.
Le mercredi, sa nièce lui téléphona.
— Mais notre fête de mariage ? On devait la faire dans ton jardin en septembre.— Je sais, dit Hélène.— Si tu vends, on fait comment ?— On peut demander aux acheteurs. Mais quatre-vingts personnes dans le jardin, ça risque de les surprendre.— Surtout si on ne les invite pas.— On leur gardera une part de tarte.
Depuis six mois,


#3 - Lieu vivant
Ce qui n’a pas trouvé sa place dans l’histoire cherche parfois un lieu dans le vivant.


#2 - Dieu, sa femme et le Paradis
Dieu rentra tard.
Sa femme était dans le jardin.
— T’étais où ?
— Sur Terre.
— Encore ?
Dieu posa ses sandales.
— J’avais deux-trois trucs à régler.
— Ça fait six mille ans que tu as deux-trois trucs à régler.
Dieu ne répondit pas.
Il savait reconnaître les moments où l’éternité pouvait devenir très longue.
Sa femme arrosait un pommier.
— Tu fais quoi ?
— J’arrose.
— Ici ?
— Oui.
— Mais on est au Paradis.
Elle posa l’arrosoir.
— Et ?


#1 - La pomme de terre de Barabbas
Barabbas cultivait des pommes de terre au Moyen Âge.
C’était impossible.
Un historien le lui fit remarquer.
— La pomme de terre n’arrive en Europe qu’au XVIe siècle.
Barabbas regarda son champ.
— Et ça ?
— C’est embêtant.
— Pour qui ?
L’historien réfléchit.
— Pour moi, surtout.
Puis il disparut.
Les historiens apparaissaient rarement au Moyen Âge. Celui-ci avait probablement fait une erreur de siècle.
Barabbas reprit sa bêche.


#2 - L'île flottante
La première fois que Nora demanda à consulter son dossier, l’assistante sociale lui proposa un café.
— Je préfère une île flottante, dit Nora.
— Nous n’en avons pas.
— Alors un café.
Nora avait vingt-six ans. Elle était venue avec une liste de questions pliée dans la poche de son manteau. La première concernait son départ de chez sa mère, à neuf ans. Sa mère disait qu’une assistante sociale l’avait trahie pour une phrase prononcée sous le coup de la colère.




#1 - La sonatine équivoque
Le lundi où les voitures disparurent de la rue, Madeleine crut d’abord qu’il était arrivé quelque chose.
Elle ouvrit sa fenêtre. Les arbres étaient là, la boulangerie aussi. Il manquait seulement le bruit des moteurs, celui qui montait depuis trente ans jusque dans sa chambre et qu’elle n’entendait plus qu’en son absence.
En bas, un ouvrier posait une barrière.
— Elles sont où, les voitures ?
— Dans les autres rues, madame.
— Toutes ?


#1 - De limitation
Nous prenons trop souvent les frontières de notre savoir pour celles du réel.


#1 - Le sein
Le corps parle parfois avant que l’histoire n’ait été entendue.
Cette première brève n’explique pas.
Elle pose un seuil.
Bref, elle s’assied en face de moi.
Je remarque d’abord sa retenue, puis son souffle un peu suspendu.
Elle n’est pas nerveuse.
Elle est contenue.
Quelque chose, en elle, se tient juste avant de se dire.
Comme si le corps avait déjà parlé, mais attendait encore d’être rejoint.
Elle me parle de son adolescence,du moment où sa physiologie a changé
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